de l’abécédaire illustré Menu La consommation de chair humaine était courante dans toute la Méso-Amérique. A juger des pratiques aztèques - les mieux documentées -, le festin suivait le sacrifice. Le plus souvent celui de prisonniers de guerre tirés par les cheveux jusqu’au sommet des temples-pyramides. Quatre officiants y basculaient la victime* en arrière, sur une pierre, et lui maintenaient les membres afin que le sacrificateur puisse promptement ouvrir, avec son coutelas d’obsidienne, la poitrine et arracher le coeur pour l’offrir, encore palpitant, aux idoles. Après quoi, le corps sans vie était habituellement jeté du haut des marches. La tête était transpercée au niveau des tempes et rejoignait d’autres crânes** sur un présentoir dénommé tzompantli. Le reste du corps, parfois écorché, était bouilli, puis découpé en petits morceaux. Servis sur une bouille de maïs salé. Maître du captif, le commanditaire du sacrifice en retirait un grand prestige auprès de ses invités, mais lui s’abstenait de consommer la chair du sacrifié qu’il considérait comme égale à la sienne, puisque tout prisonnier voué au sacrifice devenait le fils (de substitution) du sacrifiant. Un “Défunt divinisé” qui ajoutait du mérite à son maître (Graulich, page 357). Les Mayas pratiquaient de même. Et comme l’explique l’archéologue Martine Fettweis-Vienot*** : “Le corps de la victime devenant sacré devait disparaître, sa chair devait également disparaître, pour achever la dernière étape du rite, pour permettre le retour à la normale, celle de l’apaisement puis de l’effacememnt des traces du sacrifice”. Avant de préciser : “Il ne faudrait pas confondre cette ingestion de chair humaine avec du cannibalisme****. C’est une pratique religieuse dont le but n’est pas de se nourrir mais d’absorber la force vitale de la victime ou celle du dieu dont la victime a pris les traits, une version matérielle de la communion chrétienne qui commémore cet acte sous une forme symbolique”. L’Amérique du Sud est aussi largement associée à l’anthropophagie et c’est en Amazonie qu’elle s’est perpétuée le plus longtemps. Ainsi, chez les Tupi-Guarani (Combe, 1991), de longs rituels funéraires précédaient la mise à mort du prisonnier voué à être mangé. Avant de recevoir le coup de massue fatal, il était non seulement engraissé, mais il avait la charge d’entretenir les tombes du village. Plus encore : il occupait la demeure d’un défunt, portait ses vêtements et vivait auprès de la veuve. Ce statut de « mort-vivant » lui laissait espérer rejoindre « la Terre sans mal ». Voilà - à très grands traits ! -, ce que nous rapportent aujourd’hui les chercheurs sur les pratiques sacrificielles des anciens Amérindiens. A moins qu’il ne s’agisse d’une “vision faussée” par les Européens, comme le dénonce Hernan Horna dans son livre “La conquête des Amériques vue par les Indiens du Nouveau Monde”. * A l’occasion de certaines fêtes, les Aztèques sacrifiaient hommes, femmes et enfants.   **** Dont le but serait strictement nutrifif. Noter que les Cannibales cités par Montaigne font référence à certains Indiens du Brésil. Lire : Le Brésil de Montaigne. Le Nouveau Monde des “Essais” (1580-1592). choix de textes, introduction & notes de Franck Lestringant aux éditions Chandeigne 2005 Pour en savoir plus GRAULICH Michel Les sacrifices humains chez les Aztèques. Fayard. 2005 —  COMBES Isabelle La tragédie cannibale chez les anciens Tupi-Guaranis (Puf). 1992  DUVERGER Christian La fleur létale. Économie du sacrifice aztèque. Recherches anthropologiques/Seuil. 1979  —  F. BERNARDINO DE SAHAGUN Histoire générale des choses de la Nouvelle Espagne. FM/La découverte. 1991   BERNAL DIAZ DEL CASTILLO Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne. La Découverte/Poche. 2009 - BARTOLOME DE LAS CASAS. Très brève relation de la destruction des Indes Editions La Découverte. 2004. HORNA Hernan. La Conquête des Amériques vue par les Indiens du Nouveau Monde. Collection Résistances. 2009. Anthropophage ** Aux crânes des  sacrifiés (prisonniers, esclaves...) se sont ajoutés - entre autres -, ceux  des  Espagnols  capturés lors de la “Noche Triste”.  Cette  nuit  où  défaits  par  les  Indiens, les conquistadors conduits par Hernan Cortès ont fuit la cité de Mexico-Tenochtitlan  en  entendant  les  plaintes  des   camarades sacrifiés  sacrifiés au sommet des temples.Par ailleurs, on sait que des crânes de chevaux espagnols ont aussi  été exposés sur les tzompantlis. *** Mille ans de civilisation mésoaméricaine des Mayas aux Aztèques. Danse avec les Dieux. Volume 1 Préface de Pierre Chaunu de l’Institut. Hommage à Jacques Soustelle réunis par Jacqueline de Durand-Forest et Georges Baudot. L’Harmattan. 1995. Page 123 Le livre qu’il faut avoir lu pour comprendre la société aztèque et le pourquoi des sacrifices humains “officiels”, organisés par l’Etat... Bartolomé de Las Casas a pris la défense des Indiens pour dénoncer une horreur plus grande encore que celle dont on les accusait. A savoir, les atrocités, la cupidité et le cynisme des conquérants. La conquête s’achèvera par la quasi-extermination des Indiens. Prêtre assis recouvert d’une peau humaine nouée dans le dos, après un sacrifice humain au dieu Xipe Totec. Pierre, aztèque. Librairy of Congress, Kislak Collection K 6248 b © Justin Kerr http://www.mayavase.com D’après le codex de Florence L’assertion concernant les sacrifices humains est étroitement liée à l’anthropophagie présumée des Aborigènes américains” Un autre regard sur la Conquête des Amériques. Vue par les Indiens du Nouveau Monde.  Extrait : Manger l’autre pour absorber sa force et en sortir grandi... « Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort, à détourner par tourments et géhennes un corps encore plein de sentiments, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux (comme nous l’avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et concitoyens, et, qui est pis sous prétexte de piété et de religion), que de le rôtir et manger après qu’il est trépassé.[…]  Nous les pouvons bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie » MONTAIGNE  Extrait* des Essais. Livre premier. Chapitre XXXI. Des Cannibales *Montaigne. Sans commencement et sans fin. Extrait des Esssais Présentation par Françoise Joukovsky. Edition avec Dossier GF. Flammarion. 1998 Interviewes des     chercheurs, sites web, expos Interviewes des    chercheurs, sites web, expos ART PRECOLOMBIEN - PRE-COLUMBIAN ART - ARTE PRECOLOMBINO